Il y a 12 ans aujourd'hui, les travailleurs et travailleuses ont remporté une victoire sur toute la ligne après qu'une grève sauvage d'une journée ait paralysé l'hôpital de Bełchatów, en Pologne.
Se souvenir de nos victoires
(2027 – 20 ans de ZSP)
Le 3 novembre 2014, plus de 130 travailleurs et travailleuses se sont mis en grève à l'hôpital de Bełchatów. Cette grève était l'aboutissement de plusieurs mois de revendications portées par des femmes de ménage et des employé.e.s de la cafétéria qui avaient perdu leur emploi parce que ce service avait été sous-traité. La grève s'est achevée par une victoire sans précédent pour les travailleurs et travailleuses. Elle s'est déroulée en dehors du cadre légal normal pour déclencher les grèves, cadre conçu pour rendre l'action syndicale très difficile.
Les débuts du conflit
En mai 2014, une soixantaine de préposés à l'entretien et à la cuisine employés par des sous-traitants de l'hôpital de Bełchatów ont perdu leur emploi lorsque l'hôpital a changé de prestataire privé et que le nouveau sous-traitant a refusé de les reconnaître comme salariés. (C'est illégal en Pologne.) Bien qu'il y ait eu des syndicats dans l'hôpital, ceux-ci ne s'intéressaient pas à quelques femmes de ménage qui n'étaient pas directement employées par l'établissement. C'est alors que ZSP a été contactée.
Les travailleuses ont décidé qu'elles ne reconnaissaient pas la fin de leur contrat de travail. Elles se sont présentées chaque jour à l'hôpital, en occupant différents lieux et en organisant des manifestations. Nous avons également organisé diverses manifestations bruyantes en différents endroits, notamment devant les entreprises de sous-traitance, les bureaux du voïvode (chargé de superviser les hôpitaux de la région), le ministère de la Santé et le ministère du Travail. Ces actions ont duré environ trois mois.
Finalement, vers la fin de l'été, l'hôpital — sous la pression du voïvode et des ministres — a décidé de lancer un nouvel appel d'offres public pour les services de nettoyage. Dans une décision sans précédent, il a été imposé comme condition d'obtention du contrat que toutes les personnes ayant perdu leur emploi soient embauchées par la nouvelle entreprise. Tout le monde a donc repris son emploi.
Cependant, d'autres problèmes sont apparus, qui ont fini par conduire à la grève.
Même si le nouveau prestataire avait embauché toutes les femmes de l'entreprise précédente, il y a eu des abolitions de postes. ZSP s'y est opposée, d'abord par solidarité, mais aussi parce que ces suppressions augmentaient considérablement la charge de travail de tout le monde. Les personnes toujours à l'emploi devaient faire des heures supplémentaires, qui n'étaient pas toujours rémunérées. Finalement, l'une des membres actives de ZSP a été licenciée.
Tôt le matin du 3 novembre 2014, une grève sauvage illimitée a commencé. Les préposés à l'entretien se sont également joints à la grève. Celle-ci n'a duré qu'une journée, car elle a généré une situation d'urgence qui a poussé l'hôpital à entamer une procédure d'évacuation.
Un accord a été signé le 4 novembre 2014, après d'intenses discussions la veille. À noter qu'après une réunion avec l'ensemble des grévistes, l'hôpital n'a voulu négocier qu'avec quelques personnes : deux travailleuses et deux membres de ZSP présentes en appui. Refusant de conclure des accords à huis clos, les femmes sortaient dans le couloir après chaque proposition afin d'en discuter avec toutes les grévistes. Si l'hôpital pensait pouvoir contourner la majorité des travailleuses, il se trompait. La grève paralysait complètement les services logistiques essentiels de l'hôpital, un accord a donc été signé, accordant une victoire complète aux travailleurs et travailleuses et à ZSP.
Le prestataire a accepté de réembaucher immédiatement les 30 femmes de ménage et employées de la cafétéria licenciées lors des réductions d'effectifs de l'automne. Plus de 100 travailleurs et travailleuses des services d'entretien et de cuisine de l'hôpital se sont vu garantir des contrats de travail en bonne et due forme, en plus de l'ensemble des prestations de sécurité sociale. Cela mettait fin au recours à des contrats précaires à rabais ou au refus de reconnaître certaines personnes comme salariées.
L'entreprise a accepté de verser les heures supplémentaires impayées que les femmes avaient accumulées en remplaçant leurs collègues licenciées pendant le manque de personnel.
Une clause de non-représailles a été intégrée à l'accord. La direction s'est formellement engagée à ce qu'aucune travailleuse ne fasse l'objet de mesures disciplinaires, de retenues sur salaire ou d'un licenciement en raison de sa participation à la grève sauvage ou aux occupations précédentes du hall de l'hôpital.
La mise en œuvre rapide de ces dispositions a été considérée comme un immense succès des tactiques anarcho-syndicalistes de la ZSP. Elle a montré comment une action directe brève et fortement perturbatrice pouvait complètement renverser des mois d'exploitation liée à la sous-traitance.